Quatre jours d’absence – Partie 1

Quatre jours que je n’ai pas écrit… Quatre jours loin de mon studio. Je suis enfin rentrée… Ca me fait tellement bizarre de ressentir l’odeur de mon appart, d’avoir enfin pu me doucher et de retrouver mon pc portable…Bon, je suppose que je dois commencer par le début, non ?…Dimanche, on avait prévu de faire une sortie pour chercher de quoi manger. D’abord, on avait pris quelques sacs plastiques. Ma voisine préférait rentabiliser la « séance course » pour qu’on soit le moins obligé possible d’aller chercher des vivres. Elle a prétexté que l’extérieur devient dangereux et surtout, qu’il ne faut pas que l’on se sépare.
J’avoue qu’à ce moment là, je n’ai pas trop compris pourquoi elle disait ça. J’avais toujours en tête ce qu’elle m’avait dit auparavant concernant l’état des rues marchandes mais… J’avais la sensation qu’elle ne racontait pas tout ce qu’elle savait. Nad par contre, elle prenait ça en rigolant et se moquait gentiment d’elle en lui disant d’arrêter d’être parano puisque de toute façon, les habitants de la ville disparaissent tous les uns après les autres, jour après jour.
Si elle avait su à ce moment là…

Bref, on avait les bras plein de sacs vides lorsqu’on a prit la direction des rues marchandes. C’était la première fois que je m’éloignais autant de notre immeuble. Jusqu’à présent, j’avais uniquement été dans notre rue et dans celle de derrière qui est parallèle à la notre. Et plus je m’enfonçais en m’éloignant de notre « chez nous », plus je ressentais le besoin de rentrer au studio. Je pense que Nad a ressenti mon stress à ce moment là parce qu’elle a commencé à chanter et à sauter un peu partout en dansant pour nous amuser. J’ai rigolé un peu par politesse mais Karine lui a dit d’arrêter et que c’était clairement pas le moment de nous faire remarquer avant d’ajouter :
– Faudrait qu’on trouve des lampes torches et des piles pour sortir de nuit la prochaine fois.
À la base, on avait prévu de partir chercher nos courses pendant la tombée de la nuit mais on avait peur d’avoir une coupure de courant à ce moment là. Et sans lumière, on aurait eu quelques difficultés pour nous déplacer et chercher ce qu’on voulait…

Après plusieurs longues minutes de marche dans les rues vides de toute vie, on a commencé à atteindre les premières rues accueillant des petits commerces de proximité. Et… J’ai commencé à voir ce que Karine avait vaguement mentionné : les rues sont vraiment méconnaissables avec tout ce verre brisés et ces détritus sur le sol. Un magasin de produit high-tech avait visiblement été dévalisé et toutes les voitures habituellement garées dans le coin avaient disparus. Certaines étaient encore là mais visiblement en mauvais état avec une ou plusieurs roues en moins ou avec le capot de la voiture encore ouvert.
Je me souviens avoir dit :
– Il manque plus qu’il fasse nuit et qu’il pleuve, et le décor est planté…
Nad n’a pas répondu et a juste conservé une main devant sa bouche avec de l’inquiétude au fond des yeux. Karine quant à elle, s’est juste contentée de se frotter le nez en grimaçant et en nous emboitant le pas en silence.

On a fini par atteindre une des petites supérette du coin. La grande vitrine était déjà brisée et sa grille grande ouverte. Karine nous a fait remarqué qu’elle avait été crocheté de façon assez barbare et qu’elle aurait mieux fait. Le tout accompagné d’un petit sourire. Pour détendre l’atmosphère, je suppose.
En y entrant, on a été subjugué par la sale odeur présente. D’un autre coté, c’est prévisible… C’est le genre d’endroit où il y a des denrées périssables.

Donc petit conseil à ceux qui me lisent : pensez à prendre de quoi vous masquer le visage quand vous entrez dans un commerce de ce type. Et évitez d’y aller le ventre plein parce que voir les frigo avec de la bouffe vraiment pas belle, c’est vraiment écœurant…

Karine nous a donné les directives : Nad devait s’occuper de tout ce qui s’apparente à la nourriture et moi, de tout ce qui est de l’ordre de l’hygiène corporel et de l’entretien ménager. On devait être rapide et avoir terminé le temps qu’elle revienne de son rayon bricolage pour récupérer des lampes et des piles. Elle m’a juste dit avant de s’éclipser « N’oublie pas des pansements et du désinfectant ! ».
C’était inutile de le préciser, le rayon pharmacie était juste à coté de celui de l’hygiène corporel. Au bout de quelques courtes minutes, j’ai juste vu Nad arriver avec un sac plein et l’autre juste à moitié dans mon rayon et se ruer sur moi avant de coller sa main sur ma bouche. Je l’ai regardé bizarrement et j’ai de suite compris qu’elle était terrorisée. J’ai retiré sa main de ma bouche en lui faisant un petit signe de la tête. C’est là qu’elle m’a dit :
– On est pas seule…

Des pillages dans nos rues

Il fait une chaleur incroyable en ce moment. Une vraie chaleur caniculaire… Karine a ramené le ventilateur qu’elle a chez elle mais il est assez vieux et fait un bruit bizarre. À tous les coups, il va nous lâcher dans pas longtemps.

La dernière fois, j’ai parlé de la grosse dispute qu’il y a eu entre mes deux voisines. Et j’ai expliqué aussi que Karine avait quitté le studio. En fait, elle est rentrée 2h plus tard avec des sacs remplis de bouffe. J’étais occupée à tout ranger à sa place alors que Nad pleurait dans ses bras.

J’ai pu connaître quelques détails concernant l’inconnue qui s’était trouvée en bas de l’immeuble. Nad n’aimerait pas que j’en parle mais Karine m’a dit « c’est qu’un blog et c’est le tien, fait ce que tu veux ». Du coup…
Cette fille est une ex-copine de Nad. Elle l’a quittée pour se mettre avec Karine mais elle était réellement amoureuse d’elle, apparemment. Du coup, la séparation a été compliqué et Karine ne voulait pas qu’elles gardent toutes les deux contacts mais… Nad l’a quand même fait dans un premier temps.
Bref, des histoires sentimentales, en gros…

Pour en revenir à la venue de Manon (l’ex de Nad), elle a expliqué que l’autre moitié de la ville est dans un sale état et que les magasins sont tous dévalisés. La plupart de ses voisins ont commencé à partir et ceux qui restent ne rendent pas les quartiers très sécurisés puisqu’il y a des pillages ainsi que des bagarres, lorsque c’est pas des coups de feu.
Karine était trop en colère pour pouvoir réfléchir à quoi que ce soit (surtout que l’information venait de quelqu’un qu’elle n’apprécie pas). Mais pour avoir remarqué que les voitures de mes voisins ne sont plus là non plus (du moins, pour certaines), je me dis que c’est peut être ce qui va nous arriver de ce coté de la ville…

Ah oui, aussi… Le peu de camion de militaire qui sont passé n’étaient pas là pour s’occuper de la population et aucun carton de bouffe n’a été à nouveau délivré.

Bref, pour en revenir à Karine, elle est revenu 2h après son départ avec de la nourriture. Au début, elle n’a pas dit un mot, même lorsque Nad pleurait contre elle. Elle se laissait faire mais avait le regard dans le vide. Lorsque Nad s’est endormie, on a pu discuter un peu elle et moi… Apparemment, les rues qui sont un peu éloignées de chez nous ne sont pas en super états et y’a pas mal de magasin avec des vitrines cassées. Une voiture avait même défoncé une boutique et il y avait un peu de sang sur les sièges. C’est vrai que du coté de notre immeuble, il s’agit principalement d’habitation et non de rue marchande… J’avoue avoir eu un peu de mal à croire à tout ça… Des pillages dans les rues, c’est assez étrange quand on pense qu’on est en France… J’aurai probablement moins de mal à le croire quand je verrai ça de mes propres yeux.

Concernant la nourriture qu’elle a ramené, ça nous a bien aidé à manger durant toute la semaine. Mais on a prévu de faire un tour dans les rues toutes les trois demain. Probablement sans Alucard cette fois, Karine ne l’aime pas beaucoup…