Quatre jours d’absence – Partie 3

Je reprends du poil de la bête. Nad et Karine aussi. On est toujours pas très inspirée à l’idée de devoir sortir à nouveau même si ça sera dans quelques jours.
Alucard est avec nous, là. Ils discutent tous les trois pendant que j’en profite pour écrire cet article. Ils parlent de quitter notre immeuble pour trouver refuge ailleurs, voire quitter la ville. Mais je parlerai de tout ça plus tard.

Pour en revenir à ces 4 jours d’enfer, je m’en étais arrêtée au moment où nous nous sommes retrouvées prises aux pièges dans le bureau. J’aurai pu vous raconter des choses épiques, comme quoi nous avons joué à MacGyver pour nous sortir de là. Ou encore, comment nous avons procédé pour creuser un trou dans le mur afin de nous en extirper en rampant comme l’aurait fait Lara Croft dans Tomb Raider. Mais malheureusement, la seule vérité est que nous n’avions absolument aucun moyen pour sortir de cette pièce si ce n’est pas la porte d’entrée.
Ce que nous avons fait ? Et bien… Mis à part regarder Karine défoncer la porte à coup d’épaule ou à coup de chaise (sans succès)… Rien, rien du tout…

Sur le coup, ça doit donner l’impression que nous sommes restées à nous tourner les pouces en jouant aux petits chevaux par terre. Même si le résultat est que c’est pas bien loin d’être ça, il faut avouer que nous avons également dû gérer les crises de colère de Karine et celle de larme de Nad. Les miennes ? Hum… Probablement des crises de panique.
Je n’ai jamais été claustrophobe mais la pièce où nous étions n’avaient aucune fenêtre et juste une ventilation (qui marchait, heureusement pour nous) et bien entendu, un téléphone sans aucune tonalité… Beaucoup de personne à notre place aurait commencé à suffoquer dans une telle situation…

On a dormi par terre, on n’a pas pu se doucher. On avait de quoi manger et on a énormément remercié Nad d’avoir pensé à prendre des bouteilles d’eau dans ses sacs. On regardait les caméras de surveillance également.

Le deuxième jour, un homme d’une cinquantaine d’année est arrivé dans le magasin pour faire la même chose que nous. Lui, c’était pas une fourche qu’il avait mais un fusil. Cependant, comme il avait l’air d’être inquiet en regardant en permanence autour de lui, on a risqué le fait de l’appeler à l’aide. J’étais à la porte en train de hurler avec Nad alors que Karine surveillait ses mouvements sur les écrans. La seule chose que nous avons réussi à récolter c’est de lui faire peur puisqu’il a rapidement pris la fuite en laissant derrière lui la majorité des vivres qu’il était sur le point d’emmener.
Quand c’est arrivé, Nad a fondu en larme en voyant notre bouée de sauvetage s’en aller. À présent, on essaye d’en rire à coup de :
– Le type entend deux voix féminines crier des « À l’aide, aidez nous ! On est blessée et sans arme » et au lieu d’accourir comme n’importe quel mec, il se barre ! C’est pas possible, il doit être gay…
Bon, on était pas blessée, c’est vrai… Mais c’était vraiment pour qu’il comprenne qu’on était réellement dans une situation de détresse…

C’est finalement le quatrième et dernier jour que notre sauveur est arrivé. On l’a d’abord vu sur les caméras et même si Karine ne l’admettra pas, elle a eu un sourire jusqu’aux oreilles en voyant que c’était Alucard armé d’un balais avec une pelle scotché à son extrémité. Quand je dis « une pelle », je parle bien de la pelle dans « la pelle et la balayette ». Bon ok, c’était une pelle en métal, mais voir un manche à balais avec une pelle en métal scotché à son bout… Et voir ça dans les mains d’Alucard… Oh sur le coup, on a juste pleuré de joie en le regardant sur l’écran. D’ailleurs, son « arme » (parce que c’est réellement ce qu’il souhaitait en faire) ne nous a même pas tapé dans l’oeil, sur le moment.
Bref, on l’a appelé, il nous a entendu et a accouru vers les jeunes princesses en détresse. Alucard… Tu parles d’un prince… Cependant, on lui a sauté dans les bras lorsqu’il a débloqué notre porte en poussant la pile de palette lourde qui était entre la porte et le mur d’en face.

Lorsqu’on est rentré à la maison (avec énormément de bouffe), on lui a raconté tout ce qu’il s’était passé, en passant par le mec bourré aux groupes de personne pour finir par le type au fusil. Et évidemment, on lui a demandé ce qu’il était venu faire dans ce magasin. Lorsqu’il a répondu la chose la plus improbable qu’il soit à mes oreilles avec son éternel cheveu sur la langue :
– Emma ne postait plus sur son blog donc je me suis douté que vous n’étiez pas là.
Puis, il a ajouté qu’il avait même mis sa musique à fond pour vérifier que l’une de nous n’allait pas taper à sa porte… Je me souviens qu’on est restée toutes les trois sans dire un mot en le regardant, comme médusé. Il nous a expliqué après qu’il cherchait du thé à la camomille (parait que c’est très bon contre les insomnies) et qu’il n’aurait jamais osé entrer par effraction dans mon studio vu que « C’est puni par la loi ». Si si, Alucard prend les lois pénales très aux sérieux…

La suite, vous la connaissez déjà plus ou moins. On était dans un sale état psychologique en rentrant au studio (physique aussi, mais c’était secondaire sur ce coup là). Maintenant, ça commence à aller un peu mieux.

Comme je l’ai précisé au début de cet article, on a commencé tous les 4 à envisager de quitter l’immeuble. D’ailleurs, je vais les rejoindre pour en discuter avec eux et je vous tiens au courant pour la suite.

Quatre jours d’absence – Partie 1

Quatre jours que je n’ai pas écrit… Quatre jours loin de mon studio. Je suis enfin rentrée… Ca me fait tellement bizarre de ressentir l’odeur de mon appart, d’avoir enfin pu me doucher et de retrouver mon pc portable…Bon, je suppose que je dois commencer par le début, non ?…Dimanche, on avait prévu de faire une sortie pour chercher de quoi manger. D’abord, on avait pris quelques sacs plastiques. Ma voisine préférait rentabiliser la « séance course » pour qu’on soit le moins obligé possible d’aller chercher des vivres. Elle a prétexté que l’extérieur devient dangereux et surtout, qu’il ne faut pas que l’on se sépare.
J’avoue qu’à ce moment là, je n’ai pas trop compris pourquoi elle disait ça. J’avais toujours en tête ce qu’elle m’avait dit auparavant concernant l’état des rues marchandes mais… J’avais la sensation qu’elle ne racontait pas tout ce qu’elle savait. Nad par contre, elle prenait ça en rigolant et se moquait gentiment d’elle en lui disant d’arrêter d’être parano puisque de toute façon, les habitants de la ville disparaissent tous les uns après les autres, jour après jour.
Si elle avait su à ce moment là…

Bref, on avait les bras plein de sacs vides lorsqu’on a prit la direction des rues marchandes. C’était la première fois que je m’éloignais autant de notre immeuble. Jusqu’à présent, j’avais uniquement été dans notre rue et dans celle de derrière qui est parallèle à la notre. Et plus je m’enfonçais en m’éloignant de notre « chez nous », plus je ressentais le besoin de rentrer au studio. Je pense que Nad a ressenti mon stress à ce moment là parce qu’elle a commencé à chanter et à sauter un peu partout en dansant pour nous amuser. J’ai rigolé un peu par politesse mais Karine lui a dit d’arrêter et que c’était clairement pas le moment de nous faire remarquer avant d’ajouter :
– Faudrait qu’on trouve des lampes torches et des piles pour sortir de nuit la prochaine fois.
À la base, on avait prévu de partir chercher nos courses pendant la tombée de la nuit mais on avait peur d’avoir une coupure de courant à ce moment là. Et sans lumière, on aurait eu quelques difficultés pour nous déplacer et chercher ce qu’on voulait…

Après plusieurs longues minutes de marche dans les rues vides de toute vie, on a commencé à atteindre les premières rues accueillant des petits commerces de proximité. Et… J’ai commencé à voir ce que Karine avait vaguement mentionné : les rues sont vraiment méconnaissables avec tout ce verre brisés et ces détritus sur le sol. Un magasin de produit high-tech avait visiblement été dévalisé et toutes les voitures habituellement garées dans le coin avaient disparus. Certaines étaient encore là mais visiblement en mauvais état avec une ou plusieurs roues en moins ou avec le capot de la voiture encore ouvert.
Je me souviens avoir dit :
– Il manque plus qu’il fasse nuit et qu’il pleuve, et le décor est planté…
Nad n’a pas répondu et a juste conservé une main devant sa bouche avec de l’inquiétude au fond des yeux. Karine quant à elle, s’est juste contentée de se frotter le nez en grimaçant et en nous emboitant le pas en silence.

On a fini par atteindre une des petites supérette du coin. La grande vitrine était déjà brisée et sa grille grande ouverte. Karine nous a fait remarqué qu’elle avait été crocheté de façon assez barbare et qu’elle aurait mieux fait. Le tout accompagné d’un petit sourire. Pour détendre l’atmosphère, je suppose.
En y entrant, on a été subjugué par la sale odeur présente. D’un autre coté, c’est prévisible… C’est le genre d’endroit où il y a des denrées périssables.

Donc petit conseil à ceux qui me lisent : pensez à prendre de quoi vous masquer le visage quand vous entrez dans un commerce de ce type. Et évitez d’y aller le ventre plein parce que voir les frigo avec de la bouffe vraiment pas belle, c’est vraiment écœurant…

Karine nous a donné les directives : Nad devait s’occuper de tout ce qui s’apparente à la nourriture et moi, de tout ce qui est de l’ordre de l’hygiène corporel et de l’entretien ménager. On devait être rapide et avoir terminé le temps qu’elle revienne de son rayon bricolage pour récupérer des lampes et des piles. Elle m’a juste dit avant de s’éclipser « N’oublie pas des pansements et du désinfectant ! ».
C’était inutile de le préciser, le rayon pharmacie était juste à coté de celui de l’hygiène corporel. Au bout de quelques courtes minutes, j’ai juste vu Nad arriver avec un sac plein et l’autre juste à moitié dans mon rayon et se ruer sur moi avant de coller sa main sur ma bouche. Je l’ai regardé bizarrement et j’ai de suite compris qu’elle était terrorisée. J’ai retiré sa main de ma bouche en lui faisant un petit signe de la tête. C’est là qu’elle m’a dit :
– On est pas seule…