La sortie de Karine et Nad

Tiens, l’électricité est de retour. Coupure de courant depuis hier. On a passé la soirée et la nuit dans le noir.

Du coup, on savait pas comment faire pour aujourd’hui… Hier, j’ai expliqué qu’on commence réellement à être en manque de bouffe et qu’on aura bientôt plus rien à se mettre sous la dent. Karine voulait partir au distributeur de bouffe pas loin d’ici pour acheter quelques trucs. Mais sans électricité, l’appareil ne devrait pas pouvoir fonctionner (sauf si l’appareil en question a toujours de l’électricité, contrairement à mon immeuble).

Bref, on a commencé la journée avec la boule au ventre. Habituellement, c’est moi la plus stressée des trois. Après, Nad a un coté maman-poule et tente de s’occuper de notre moral. Mais j’ai la sensation qu’elle déguste elle aussi. Il m’a semblé l’entendre pleurer sous la douche, ce matin. Il va falloir que je m’occupe d’elle également… Autant qu’elle s’occupe de moi depuis ce week-end.
Karine, elle… Elle est un peu comme le maillon fort de notre trio. Elle gère la bouffe, dit à Nad de faire à manger dès maintenant parce qu’on a pas encore de coupure de courant. Elle passe pas mal de temps sur le net aussi pour savoir où en est le monde. On a rigolé cette nuit en disant qu’elle est un peu comme notre chef-scout.

Pour en revenir à ce matin… Toujours pas d’électricité. Mais Karine voulait quand même sortir pour acheter des conserves aux distributeurs. Nad voulait l’accompagner pendant que moi, je restais à la maison pour surveiller l’arrivée de Papa.
J’avoue avoir été inquiète lorsqu’elles sont sorties. On s’est d’ailleurs fait un énorme câlin avant qu’elles sortent, un peu comme si c’était la dernière fois qu’on se voyait. Je les ai accompagné jusqu’en bas de l’immeuble et ça m’a vraiment fait bizarre de les voir s’éloigner dans la rue. Il y avait un silence de mort et voir les voitures toujours immobiles et à la même place depuis quelques semaines donne vraiment un air de ville fantôme à tout ce décor. J’étais mal à l’aise et j’ai fini par remonter rapidement à mon studio.

Je me suis douchée en speed et me voilà à nouveau sur ce blog pour y écrire mes péripéties et mes états d’âmes. Je lis dans vos commentaires que ce n’est pas rose partout, loin de là. Si Am Shagar écrit que la situation empire, ça veut dire que tout ce qui nous arrive n’est pas prêt de s’arrêter et qu’on ne va pas encore pouvoir reprendre une vie normale ?…
Je veux rentrer chez moi, je veux revoir mes parents…

Pour en revenir à l’absence de mon père… Je crois que Karine a un peu perdu espoir à son sujet. Elle commence à prévoir les choses comme si mon père n’allait jamais venir nous chercher. Je vais tenter de lui en parler parce que j’ai du mal à concevoir qu’elle voit les choses sous cet angle. Je sais que mon père aurait dû arriver dimanche dernier mais je peux pas partir du principe qu’il ne viendra pas. Bref, je m’entends bien avec elle mais j’ai un peu peur de sa réaction. J’ai peur aussi que ses paroles en retour me fassent mal…

Les filles sont encore dehors et… Je viens tout juste d’entendre la sirène (celle qui s’enclenche chaque premier mercredi du mois)… Je suis vraiment très inquiète…
J’hésite à aller en bas de l’immeuble ou à attendre à la fenêtre…

J’espère qu’elles vont bien…

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En pleine attente d’un signe de vie

Aucune nouvelle depuis dimanche.
Bon sang… Je commence à peine à écrire cette phrase, à commencer cet article que je me met déjà à pleurer… J’ai les yeux tellement rouges… Je savais que venir sur ce blog me serait difficile…

Mon père n’est toujours pas arrivé et je suis vraiment folle d’inquiétude… La ligne téléphonique de chez mes parents ne marche plus non plus et je tente de téléphoner une bonne dizaine de fois par jours. Contrairement à la semaine dernière, il n’y a aucune tonalité, pas un seul son. Ca ne sonne pas du tout. Sur le portable de mon père par contre, je tombe toujours sur le répondeur…

J’ai expliqué dans mon dernier article que j’ai envoyé un mail à ma mère. Elle ne m’a pas répondu non plus. Je lui en ai envoyé un second du coup avec une confirmation de lecture mais je ne l’ai pas reçu en retour.

Je me sens vraiment… Vide. Depuis dimanche, j’ai la sensation de ne rien faire d’autre qu’aller de mon lit à la fenêtre pour guetter l’arrivée de Papa. Nad m’oblige à manger un minimum, même si nous en sommes à ne manger qu’une fois par jour. Aujourd’hui, c’était un bol de céréales avec du lait. Après, elle m’oblige à aller me doucher. J’avoue ne pas en avoir envie.
J’ai envie de rien…

Karine compte et recompte nos conserves et paquets de pâte. C’est une chance qu’elle soit du genre à avoir énormément de stock. Elle m’a avoué ne pas avoir toujours mangé à sa faim et avoir déjà été obligé de voler. Du coup, c’est sa façon à elle de survivre : avoir toujours des placards remplis comme si elle abritait une famille entière chez elle et en tirer une grande fierté lorsqu’elle a payé cette nourriture de sa poche.
Je n’ai jamais connu la faim. Je fais les courses une fois par semaine et j’habite seule. Mais ça fait déjà quelques jours que mon frigo est vide et que je mange grâce aux conserves de Karine.

Je me sens tellement mal… J’en ai marre de pleurer. J’aimerai me réveiller et réaliser que tout ça n’est qu’un cauchemar.

Karine veut sortir demain afin d’aller chercher des trucs à manger. Il y a une sorte de distributeur à bouffe à quelques rues de chez nous. Nad lui a dit qu’on serait probablement pas les seules à avoir cette idée et n’est pas enchanté à l’idée d’y aller. Mais d’ici la fin de la semaine, on aura probablement même plus de gâteau sec pour manger.

Pour ma part, je resterai probablement à la maison pour surveiller l’arrivée de mon père. De toute manière, je n’ai pas envie de sortir. Je veux juste avoir des nouvelles de mes parents…