Des pillages dans nos rues

Il fait une chaleur incroyable en ce moment. Une vraie chaleur caniculaire… Karine a ramené le ventilateur qu’elle a chez elle mais il est assez vieux et fait un bruit bizarre. À tous les coups, il va nous lâcher dans pas longtemps.

La dernière fois, j’ai parlé de la grosse dispute qu’il y a eu entre mes deux voisines. Et j’ai expliqué aussi que Karine avait quitté le studio. En fait, elle est rentrée 2h plus tard avec des sacs remplis de bouffe. J’étais occupée à tout ranger à sa place alors que Nad pleurait dans ses bras.

J’ai pu connaître quelques détails concernant l’inconnue qui s’était trouvée en bas de l’immeuble. Nad n’aimerait pas que j’en parle mais Karine m’a dit « c’est qu’un blog et c’est le tien, fait ce que tu veux ». Du coup…
Cette fille est une ex-copine de Nad. Elle l’a quittée pour se mettre avec Karine mais elle était réellement amoureuse d’elle, apparemment. Du coup, la séparation a été compliqué et Karine ne voulait pas qu’elles gardent toutes les deux contacts mais… Nad l’a quand même fait dans un premier temps.
Bref, des histoires sentimentales, en gros…

Pour en revenir à la venue de Manon (l’ex de Nad), elle a expliqué que l’autre moitié de la ville est dans un sale état et que les magasins sont tous dévalisés. La plupart de ses voisins ont commencé à partir et ceux qui restent ne rendent pas les quartiers très sécurisés puisqu’il y a des pillages ainsi que des bagarres, lorsque c’est pas des coups de feu.
Karine était trop en colère pour pouvoir réfléchir à quoi que ce soit (surtout que l’information venait de quelqu’un qu’elle n’apprécie pas). Mais pour avoir remarqué que les voitures de mes voisins ne sont plus là non plus (du moins, pour certaines), je me dis que c’est peut être ce qui va nous arriver de ce coté de la ville…

Ah oui, aussi… Le peu de camion de militaire qui sont passé n’étaient pas là pour s’occuper de la population et aucun carton de bouffe n’a été à nouveau délivré.

Bref, pour en revenir à Karine, elle est revenu 2h après son départ avec de la nourriture. Au début, elle n’a pas dit un mot, même lorsque Nad pleurait contre elle. Elle se laissait faire mais avait le regard dans le vide. Lorsque Nad s’est endormie, on a pu discuter un peu elle et moi… Apparemment, les rues qui sont un peu éloignées de chez nous ne sont pas en super états et y’a pas mal de magasin avec des vitrines cassées. Une voiture avait même défoncé une boutique et il y avait un peu de sang sur les sièges. C’est vrai que du coté de notre immeuble, il s’agit principalement d’habitation et non de rue marchande… J’avoue avoir eu un peu de mal à croire à tout ça… Des pillages dans les rues, c’est assez étrange quand on pense qu’on est en France… J’aurai probablement moins de mal à le croire quand je verrai ça de mes propres yeux.

Concernant la nourriture qu’elle a ramené, ça nous a bien aidé à manger durant toute la semaine. Mais on a prévu de faire un tour dans les rues toutes les trois demain. Probablement sans Alucard cette fois, Karine ne l’aime pas beaucoup…

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Longue coupure de courant et nouveau stock de bouffe

Coupure de courant depuis dimanche. Une de plus… Sauf que cette fois ci, nous sommes restés sans électricité jusqu’à aujourd’hui. Heureusement, il fait quand même chaud cet été. J’ose pas imaginer la situation si on était en plein hiver polaire…

Finalement… Je me suis décidée à vider mon sac et à ranger mes affaires. J’ai eu beaucoup de mal à le faire mais j’y pensais depuis ce week end.
Depuis que mon père devait venir nous chercher, je n’avais toujours pas ranger mes vêtements. Karine et Nad l’ont fait dans les jours qui ont suivi. Mais là… Ca fait déjà 10 jours à présent. Pas de nouvelle de la part de ma mère non plus et toujours aucune tonalité lorsque j’appelle la maison.
Je continue d’aller à la fenêtre de temps en temps pour surveiller la rue… Mes voisines me regardent faire sans un mot à chaque fois. Puis, Nad vient me prendre dans ses bras.
Je pleure encore pas mal, je l’avoue… Et une partie de moi continue d’espérer de voir mon père arriver.
Il arrivera bien à un moment ou à un autre de toute façon, non ?…

Pendant la coupure de courant, on a voulu en profiter pour voir si y’a moyen de récupérer des trucs à manger à l’extérieur. Le dernier mail de la part du copain de Karine se trouvant à l’autre bout de la ville remonte à de nombreux jours à présent. On sait pas s’il a eu une nouvelle arrivée de carton de nourriture par l’armée depuis la dernière fois, mais nous, on n’en a même pas eu un seul… Je regrette de ne pas avoir de voiture…
Bref, au moment de sortir, notre voisin nous a probablement entendu descendre les marches parce qu’il a ouvert la porte lorsqu’on passait devant la sienne. Il avait toujours son horrible raie au milieu avec ses cheveux plein de gomina ainsi que ses lunettes triples foyers mais… Il a proposé de nous accompagner. Et c’est toujours avec son cheveu sur la langue qu’il nous a dit :
– Vous savez les filles, c’est dangereux dehors… On est en plein monde post-apo ! Vous avez besoin d’un homme fort et viril pour vous escorter !
Bon j’avoue, il n’y a pas de cheveu sur la langue dans la façon dont j’ai écrit ces lignes… Mais vous savez comment faire ça, vous ?! Moi non…
Bref, je crois qu’on a toutes les trois retenus un rire avant de lui dire qu’il pouvait nous accompagner. Même si selon moi, il se sentait plus en sécurité avec nous pour faire une sortie…

Finalement, on est allé du coté d’une épicerie solidaire (Solépi, au cas où vous connaissez) pour voir s’il y a des trucs à manger. Vu notre situation, je crois qu’on était un peu plus à l’aise à l’idée d’aller nous ravitailler là bas. Après, on est en pleine période de crise, non ? Et Karine était prête à fracturer la serrure pour ça en laissant son numéro de téléphone sur la caisse pour s’excuser de notre intrusion et surtout, payer plus tard ce qu’on avait prit…

Bon, le truc qu’on avait pas prévu, c’est qu’on était pas les premiers à avoir eu cette idée… La porte était totalement défoncée à coup de parpaing et comme d’habitude, la boutique avait commencé à être entamé. Heureusement, il restait encore pas mal de truc à manger et on a pas hésité à se servir.
Par contre, les congélo ne marchaient plus et ça se sentait…

Un autre détail qui nous a perturbé, c’est que la grande majorité des aliments étaient déjà périmés. Karine nous a expliqué que ça ne l’étonne pas et que ça arrive fréquemment que les produits le soient dans des épiceries solidaires. Du moins, celle qui lui avait permis de manger à une époque lui avait procuré des aliments périmés…
Espérons qu’on ne tombe pas malade !

On a évité de trop trainer sur le chemin de retour… On avait quand même peur de tomber sur des flics ou des militaires… Par contre, on a vu 1 ou 2 personnes au loin, dans les rues. Elles semblaient totalement bourrées et on a vivement préféré les éviter pour ne pas s’attirer de problème…

J’ai proposé à Alucard de monter à mon studio pour qu’on passe la fin de la journée ensemble tous les 4. Avec les filles, on lui a même proposé de mettre toute notre bouffe en commun mais il a préféré évité en prétextant qu’il tiendrait plus facilement tout seul avec sa réserve.
Karine l’a traité de blaireau et est partie se doucher. Lui, il s’est contenté de hausser les épaules en repartant chez lui avec des bras pleins de paquet de chips.

Quelqu’un vient de sonner à l’immeuble !